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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 22:14

 

Parfois, l’on se prend à aimer une forme, comme on aime, par exemple, un morceau de musique composé en anglais dont on ne comprend pas un mot, mais dont la mélodie reste dans la tête. Cette forme nous émeut, nous touche et nous ravit. Puis l’on fait des progrès dans les langues à la faveur d’une année Erasmus et soudain, le sens abominé de ces si douces compositions nous rejaillit au visage, comme une douche de sperme non sollicitée.

 

Ainsi Bastien Vivès, chantre des jeunes filles en fleur, nous livre à travers son œuvre et comme chaque auteur certes un portrait de lui même que beaucoup de lecteurs (trices) ne font qu'effleurer, ravis, béats, hypnotisés par les tours de cet habile illusionniste.kaa_mowgli.jpg

Mais derrière la cape, au fond de la manche, dans le chapeau qu'y a-t-il ?

Un bouquet, une carte, un lapin albinos ?

Bastien Vivès nous livre, sans le savoir, un secret.

Un aveu.

Un mode opératoire.

Une signature.

Derrière la cape, au fond de la manche, dans le chapeau, on trouve une scie, des menottes, un couteau.

 

 

 

Le garçon, sans doute, l’ignore. Les grands sociopathes ne se révèlent qu’aux alentours de la trentaine, c’est une statistique que la Criminelle ne contestera pas. L’âge de Jésus lors du saint sacrifice, aussi. Mais dans un autre registre.

Couchant des formes délicates aux personnalités inexistantes, des poupées gonflables décérébrées, de belles idiotes altières pétries des intransigeances que confère la beauté, il serait facile de jeter sur Vivès son manque d'expérience, de maturité, de vécu, afin de donner une quelquonque raison, une excuse à ses personnages en plastique aux profondeurs d'âme d'une Barbie ou d'un Ken.

Non, ça n'est pas cela.

Incapable de ressentir les émotions humaines, Bastien Vivès, inapte à éprouver une quelconque empathie, se contente de les singer.

 

On s'imagine à tort (et c'est là le grand art de l'auteur), que Vivès prend du plaisir à dessiner ses personnages. Car plaisir il y a, indéniable, dans ce dessin froid et virtuose, gracieux et glacial, et deux œuvres récentes du prodige en culottes marquent un changement (une rupture psychotique ?), un mouvement de l'individu vers ses réelles et profondes aspirations : la torture.

 

Regardons la couverture de cet ouvrage pervers qu’est Polina.

 

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Une petite fille se fait modeler par un démiurge aveugle et muet, maintenue dans une position bondage (mais sans les accessoires) pour le plaisir du sado-masochiste sommeillant en chacun de ceux qui, en contemplant cette image, ont secrètement joui.

Pauvre Polina qui écarte les jambes, tourmentée par l'auteur, qui lui inflige page après page l'atroce calvaire d'une discipline proche du supplice, la danse classique, laissant à croire aux badauds ébahis qu'il n'est alors question que de dépassement de soi.

 

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Un gros petit garçon s'amusant à arracher les ailes d'une mouche n'en ferait pas autant.

Et alors, qu'est-ce que ce livre, Polina ? Pour jouir de leurs crimes, certains psychopathes filment leurs actes odieux, envoient des lettres aux familles, haranguent les médias.

Polina n'est que le témoignage narcissique d'un Ted Bundy qui se cherche.

 

 

Les Melons de la Colère sonne comme l'aveu d'un Marc Dutroux qui se trouve. Qui s'assume.

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Violant son pauvre personnage de jeune campagnarde un peu concon, lui faisant subir mille pénétrations humiliantes, Vivès est à son aise. En pleine décompensation psychotique, son art s'exprime alors pleinement.

Son Art.

Son Oeuvre.

Pas le dessin. Ni la BD.

Mais bien le crime. Le meurtre. Le sang. Le viol et la torture.

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Mais alors, que faire de ces productions intermédiaires (Dans mes yeux, Le goût du chlore, Elles), ses odes à la gloire de la beauté, de la jeunesse et de la femme désirée ?

Qu'on ne s'y laisse pas prendre: comme le bête fil rouge attirant la grenouille sans cervelle et toute en jambes : CE SONT DES LEURRES !

Ainsi l'odieux Vivès, non content de passages à l'acte sur des âmes virtuelles et imaginaires, attire par ses illusions de petit magicien de candides lectrices dans ses filets pervers.

Les voilà, ses véritables proies !

 

Mesdemoiselles, un psychopathe est parmi nous, Mea culpa en a dressé le profil.

 

L'analyse bio mécanique des gestes et des postures de ce louche individu ne trompe pas :

Ce grand corps mou, voûté par quelque oppression intérieure, et dont son habitant ne semble jamais savoir que faire — comment placer ce bras qui m’indispose ? Que faire de cette main qui ne veut point m’obéir ? Et ce cou, vaut-il mieux le tendre ou le rentrer ? —, ce sac de peau mal coupé qui baille aux emmanchures, n’est-ce pas le signe tangible d’une incompatibilité du fond avec la forme ? Bastien Vivès ne remplit pas son corps, comme il ne remplit pas ses livres. Pas encore, car nous laissons à la jeunesse le temps de s’achever. De, comme dirait Grisom dans les Experts, « monter en puissance ».

L'analyse comportementale de ce froid serpent puceau psychopathe qui twittait le 30 avril dernier « Mais y pas un moment où il devrait y avoir la guerre ? Enfin la vraie ! Celle qui fait qu'après, on baise à fond ! » (ses pulsions sexuelles ne s'assouvissent-elles donc que par le spectacle de la barbarie ?) ou qui avoue sans honte sa monomanie de collectionneur obsessionnel de figurines de dessins animés japonais des années 80 finit de nous éclairer sur l'individu.bastien-bis-copy.jpg

 

Mea Culpa tient à mettre en garde lecteurs, lectrices, collègues, collaborateurs, journalistes et coloristes : Bastien Vivès est là, en liberté, parmi nous. A défaut de savoir faire une série de tueur, il nous semble plus que probable qu'il soit... un tueur en série.

 

 

Sœur Sourire

 

 

http://www.lesrequinsmarteaux.org/article-le-dernier-livre-de-bastien-vives-aux-requins-martaux-86266011.html

http://livre.fnac.com/a3409611/Bastien-Vives-Polina

 

http://bastienvives.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 10:46

v-8-1017585.jpgL’humaine sottise veut que toujours, l’on se dépasse en tout. Dans le sport, bien sûr, et c’est  un crève-cœur que de voir ces grands corps mécaniques s’affrontant dans des combats sans cause et des joutes sans but. Dans la bande dessinée aussi, et c’est pire, car alors, la performance — c’est-à-dire ce qui se mesure, se compte, se calcule et se résume en un nombre anonyme et brut —, la performance, donc, mime l’art et le singe, remplaçant le beau et le sublime par l’énorme et le démesuré.


Le festival Lyon BD donnait, l’année dernière, un aperçu édifiant de sa vacuité, en lançant un défi aussi vain pour la postérité qu’humiliant pour ses participants : faire la plus longue BD du monde. Sur le site de l’événement, l’on peut lire avec consternation que « Lyon a la plus grande ! C’est officiel ! En 2011, à l’occasion de la sixième édition du festival, Lyon BD a réussi le pari de présenter sur les Berges du Rhône le plus long comic-strip du monde : un kilomètre de long ! » La prétention n’a donc pas de limites ? Pendant des heures, des jours sans doute, des tâcherons bénévoles et de pauvres étudiants saignés par le prix de leur exorbitante école ont usé leur dignité en tombant des pages et des pages d’un scénario dont, sûrement, il ne connaissaient ni le début ni la fin.


Les œuvres communes donnaient, hier, des cathédrales. Aujourd’hui, elles livrent un kilomètre de pénis symbolique, un interminable godiveau bande-mou inséminant le vide de sa tête aveugle de vers plat, immense ténia débile lové dans le ventre flasque d’un festival dégénéré.


23kmsaucisse.jpgL’on a les ambitions qu’on mérite. Celle du festival Lyon BD a été, l’an passé, de gagner sa place au Guinness Book des records. L’exploit figurera entre le plus gros — 300 kg — kebbab du monde et le plus grand nombre de pailles — 400 — tenant dans une seule bouche. Vanité des vanités, nous dit l’Ecclésiaste, tout n’est que vanité...


Que nous réserve la prochaine édition ? Le plus grand pot à crayons du monde ? Un château de cartes géant réalisé avec les invendus de l’Association ? Recouvrir la basilique de Fourvière où siège notre chère maman des cieux avec des milliers de post-it à l’effigie de ce petit renard plein de vermine qu’est Pénélope Bagieu ? Il y a du challenge dans l’air nauséabond.


Nous suggérons un défi des plus ambitieux et ô combien difficile : celui de s’abstenir. 

 

Frère des Ours

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 09:03

 

boschpmad.jpgEn ce siècle peuplé d’abrupts damnés, certaines âmes ont les racines si corrompues qu’elles pourrissent jusqu’au charnier sur lequel elles poussent. Le site Wartmag relayait récemment dans sa rubrique insolite et sur un ton faussement prude et guilleret les dernières atrocités commises au nom de la prolifération de masse des cellules cancérigènes d’une tumeur abominée. 


« Les Schtroumpfs en film porno ! », s’exclame-t-on chez Wartmag, comme s’il s’agissait d’une formidable nouveauté, comparable à l’avènement de notre Christ Seigneur dont le retour, nous l’annonçons, fera pleuvoir le grand feu purificateur sur l’humaine putréfaction. 


L’on ne saurait interpréter la présentation officielle de ce site, qui définit sa ligne éditoriale comme « très ouverte », mais « quand même pas autant que Paris Hilton », peut-on lire au bas de la page d’accueil. Etrange positionnement, si ce n’est position. Sans aller jusqu’au grand écart facial, ce site d’actualité sur la bande dessinée n’est pas contre une fente de gymnaste. Souple, mais pas contorsionniste.


Image-1-copie-4.pngComment, alors, interpréter cet article faisant l’apologie de la nécrophilie entre vieux fœtus morts ? Laissez-nous vous éclairer sur les ténèbres de l’âme. La vraie ligne éditoriale de Wartmag est toute semblable à une raie des fesses qui s’écarte volontiers lorsqu’il s’agit de découvrir les lèvres violettes de la schtroumpfette, boursouflées par les membres morts de dizaines de nains bleus.


L’actualité est une suite ininterrompue de compromis et de compromissions. Les partis pris assumés, comme les martyrs, sont rares. Qui, aujourd’hui, se dressera dans l’arène, face aux bêtes affamées par le buzz et l’immédiateté ? Qui avancera vers les tigres mangeurs d’âmes, le visage clair, le cœur serein, sans craindre d’enfreindre sa ligne éditoriale, son code d’honneur, sa foi ? Certainement pas Wargmag.


Meaculpa ne s’étendra pas sur la compagnie Hustler, dont le sort, en haut lieu, est déjà scellé. Dans l’univers aboli qui leur servira de tombeau, la terreur sera totale, l’effondrement immobile, les hurlements muets.


Adeptes de la correction fraternelle, nous invitons Wartmag à faire son examen de conscience dans le repli d’une retraite intérieure. La faute est grande, la miséricorde infinie. Le seigneur ouvre ses bras aux repentis.

 

Frère des Ours

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 08:55

Image-1-copie-3.pngNon, meaculpa n’est pas seul à prêcher dans le désert. D’autres, avec plus ou moins de talent, reprennent la noble bannière des causes perdues, menant une croisade désespérée contre l’avènement de la Bête à mille têtes, le démon grimaçant de la duplication.

Dans une lettre ouverte qui lui tient lieu de tribune, Nicolas Gary, directeur de publication et gérant du site ActuaLitté, se désole de l’abominable sort réservé par la Marsu Prod, à l’œuvre du décédé Franquin.

« Cher André, écrit Nicolas Gary, j'espère qu'au paradis des auteurs BD, t'as trouvé de bons copains, et surtout que tu ne jettes jamais un oeil pour voir ce qui est fait de ton oeuvre. »

Nous rectifions : l’enfer des auteurs BD. Il faut avoir commis des crimes épouvantables pour que le Grand Ordinateur choisisse de faire pleurer les morts en imposant à leurs œuvres une si funeste destinée. Franquin, de son vivant, ne peut qu’avoir beaucoup péché sans jamais se repentir, pour mériter pareil châtiment. Plus vives sont les fautes, plus lourde est la damnation.

marsupilami_120_bd_def.jpgDe sa prison éthérée, l’âme tourmentée du pauvre Franquin assiste, jour après jour, aux diableries de la Marsu Prod. Accroupie sur les charognes entassées du grand dadais sans cerveau et du méchant marsupial, cette mante religieuse s’y accouple quotidiennement en pondant mille larves répugnantes et en puisant son odieux repas dans les chairs perfusées de ces corps en mort clinique.

Las ! Les quelques commentaires laissés en réponse à cette lettre ouverte nous font désespérer du genre humain. Un certain Ralph (Satan reconnaîtra les siens) ose éructer son sophisme imbécile : « Marsu Prod ne produit pas des armes à l’effigie de Gaston, après tout ». Non, bien sûr, il n’y a pas mort d’homme. Lors de son audition, l’autrichien Joseph Fritzl, qui a séquestré et violé sa fille dès l’âge de 11 ans et pendant un quart de siècle, lui imposant 7 grossesses, n’a-t-il pas dit, lui aussi, qu’il n’avait « tué personne » ?

housse-de-couette-marsupilami-in-the-sky-avec-taie.jpgLe Mal, partout, pullule et prospère. Cela lui est rendu possible grâce à des individus tels que Ralph. Et si Nicolas Gary a gravi, par sa lettre ouverte, l’une des innombrables marches qui conduisent à la félicité, Ralph, quant à lui, se rapproche dangereusement de la fournaise.

Et qui réside, au fond de la fournaise ? Notre pauvre Franquin, terrorisé plus encore à l’idée de passer l’éternité en compagnie de Ralph, qui, à n’en pas douter, lui montrera sa collection de porte-clés, de badges, de tee-shirts et de caleçons à l’effigie de son œuvre, pour les siècles des siècles.

Amen.

 

Frère des ours

 

ActuaLitté

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 09:00

le-petit-prince-dorison-bd-volume-1-simple-29293.jpgIl y a 67 ans, Antoine de Saint-Exaspérant disparaissait dans des conditions qui forgèrent en grande partie la renommée d’un livre manifestement écrit pour un public de débiles légers. Qui n’a pas lu ce conte soporifique où s’agrègent les maximes et les dictons, ce buffet froid source d’extases universelles face aux vérités sortant de la bouche fraîche d’un poupon neurasthénique, cette fable molle et fade à la morale niaise visant à conserver en chacun d’entre nous l’odeur tournée d’un vieux lait maternel, à raviver le mauvais goût de l’enfance, qui ne l’a pas lu, donc, n’a en somme rien raté.


La vie monastique nous enseigne de donner sans compter. Mais je ne peux, du fond de ma cellule, me retenir de soustraire, d’additionner et de constater qu’il ne reste plus que trois ans. Trois ans, non pas avant l’Apocalypse et le retour annoncé par les saintes écritures de notre Seigneur. Mais trois ans avant la nationalisation, l’ouverture du capital du Petit Prince au domaine public, la mise à disposition, pour le quidam, d’une manne dépourvue de l’impôt qu’il est nécessaire de verser, 70 ans durant, à une descendance prompte à sucer les dernières gouttes de sève d’un arbre momifié.


Le-Petit-Prince-La-Planete-du-Temps-DVD.jpgA mon âge vénérable – je suis le doyen de la maison –, je garde bonne mémoire et, regardant derrière moi, que vois-je ? En 2008, une adaptation en bande dessinée, par Joann Sfar, avait l’élémentaire bon goût de respecter l’œuvre initiale ; en 2011, 52 épisodes animés librement inspirés— à la BO interprétée par Yannick Noah...(yez-le !) — font sortir le Petit Prince du tombeau, comme on agite un squelette pour en faire tomber quelque pièce posée là par une mère superstitieuse et endeuillée, afin que la petite âme passe les eaux du Styx ; au même moment, les premiers tomes d’une série qui en annonce 24 s’emparent du blondinet en redingote comme on kidnappe un enfant, afin de lui faire subir mille mésaventures rentables ; un film est déjà en préparation pour une sortie prévue en 2016, et, à n'en pas douter, toute une panoplie de produits dérivés marqués du sceau princier suivront le carrosse : jeux vidéos, pyjama, clés USB, sous-bock, mugs, housses de couette, figurines, autocollants, casquettes, brosses à dent, sac à dos, porte-clé, tapis de souris, magnet, stylo, carnet intime, boules à neige, serviettes hygiéniques, renard vibrant et tant d'autres belles duplications de chinois répliquants. 

 

Alors quoi. C’est ça, l’esprit de famille ? C’est donc ça, la conservation du patrimoine ? Viendrait-il à l’idée des derniers nobles désargentés de transformer le château familial en décor de films bondage ? De vendre les beaux meubles à des amateurs de décopatch et de scrapbooking ? De fondre les médailles de baptême des ancêtres et les vieux bijoux de famille pour en faire des petits lingots sonnants et trébuchants, bientôt transformés en grosses gourmettes et en bagues pour doigt de pied vendues au Manège à bijoux chez Leclerc ?


plastoy-porte-cles-le-petit-prince-le-petit-prince-et-le-re.jpgFaire proliférer une œuvre, la forcer, malgré elle, à pondre des petits monstrueux, à mettre bas entre ses flancs moribonds une sous-race morbide d’adaptations jeune public, à expulser d’entre ses cuisses ulcéreuses une dégénérescence grouillante de produits dérivés, à n’engendrer qu’un sida protéiforme rampant de format en format, une grande peste cathodique, un cancer de l’image en phase terminale dont les cellules anarchiques se multiplient, enflent, pullulent et entraînent dans leur folie la dégénérescence de tout un univers : voilà le vrai crime contre la création. 


Odieuse engeance ! Atroces descendants ! Rejetons sacrilèges ! Semence gaspillée ! Criminelles gamètes ! Chair pourrie d’une chair sacrée ! Sang caillé d’un sang béni ! Infâme progéniture ! Ayants droit : race maudite ! Nulle place pour les vampires dans le paradis des saints et des bienheureux. Leur enfer, le voilà : éternellement pour leur supplice, ils deviendront le mouton dans la boîte. La rose sous le bocal. L'éléphant dans le boa. A genoux, les bras en croix, il ne reste qu'à supplier : mea culpa, mea culpa !

 

Frère des Ours


 

http://www.lepetitprince.com/

http://www.glenatbd.com/

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 09:13

9782205067026_1_75.jpgJe profite d'un voyage de notre Très Révérend Père pour en finir avec les renégats, les abjurateurs, les Judas dont les traîtres baisers ne trompent personne.

 

Haaaa... c’était mieux, avant. Dans Pour en finir avec le cinéma, Blutch promène le lecteur dans une galerie de vieux films démodés qui, s’ils ont eu leur heure de gloire, ont aujourd’hui et pour beaucoup le goût de papier décomposé des albums de Sylvain et Sylvette.

Blutch, debout devant le charnier des acteurs disparus et des films décédés qui ont peuplé son enfance, chante l’oraison funèbre de ses illusions perdues. Oui, le cinéma grand genre des années 30, 40, 50 procure chez Blutch un mélange de sentiments contradictoires. La bande dessinée pleure ce grand frère adoré et haï, à qui tout a réussi : le cinéma d’Hollywood.

 

Il pleure et rage (et jubile), notre Blutch, dans cet hommage posthume à la gloire des héros du cinéma d’un siècle trépassé, il érige son propre monument aux morts, pompeux et ronflant, comme l’on en trouve sur toutes les places des 36 785 communes de notre beau pays la France. Il dresse un panthéon à la gloire des marionnettes, un mausolée en souvenir des apôtres des salles obscures, une nécropole abritant les restes pourris et les ossuaires grotesques et grimaçants de la grande famille des acteurs. Mais cette famille : ce n’est pas la sienne. De vagues cousins d’Amérique qui, fortune faite, ont vite oublié la vieille Europe avachie dans ses jérémiades de continent foutu. 

L’on se dit : « enfin ! ». Enfin, la bande dessinée prend de la hauteur, de la carrure, des épaulettes ! Enfin, un peu de sérieux, dans ce monde grotesque peuplé d’exaspérants personnages franco-belgo-comixo-mangako-héroïco-fatasoïdes. Enfin, l’on peut sans honte sortir son imagier dans les cafés parisiens, exposer son album à vignettes bien en vue sur ses étagères Gruntäg sans craindre les moqueries. Ce beau sentiment de fierté, nous le devons au grand, à l’immense, à l’inénarrable, à l’intouchable (aurait-il la lèpre ?) Blutch.

 

blutch-pour-en-finir-avec-le-cinema-M61785.jpgDans son imposant ouvrage que certains qualifient « d’essai graphique » (retenons qu’un essai est par définition, une lecture fastidieuse et assommante), Blutch fait la démonstration que la petite marchande de bulles n’a rien à envier au septième art, ce vieux monsieur bande-mou. La preuve : elle ne se cache plus pour annoncer la préméditation de son crime. La jeune fille a grandi, la voilà prête à renvoyer à ce vieux sale de cinéma la monnaie de sa pièce. Blutch sort la brosse à reluire, mais frotte avec une rage de forcené, la rage de s'être trompé d'époque, de pays, d'histoire, de métier. En piégeant d'immenses acteurs à ses côtés, dans son oeuvre, en les faisant jouer sa partition, son scénario, son film de papier, Blutch en finit avec le cinéma comme on règle des comptes après des années d'aigreur et de ressentiments, comme le petit frère envieux et aigri du grand Robin de Locksley, prince des voleurs. Ha Ha ! Tu as brillé ! Tu as pavané dans tes gloires ! Ton heure a sonné et c'est moi qui secoue la cloche !

Comme dirait soeur Sourire : on fait moins le malin.

 

Voilà donc une œuvre ambitieuse. Je veux dire, une ambition à l’œuvre. Car ne nous y trompons pas. L’on voit clair dans les projets secrets de Blutch. Tout cela est transparent. Se réclamer des morts, des vieux films démodés, de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, voilà les premières pierres d’une stratégie de changement de camp. Oui, Blutch opère ici un subtil retournement de veste. Cet ouvrage n’est pas un coup de poignard dans le dos d’un cadavre. Ce n'est pas un crachat lancé sur la pierre tombale d'un parent détesté. C’est une allégeance en forme de sauf-conduit, de laissez-passer vers l’Empire de la caméra.   

Blutch cite ses classiques comme on fait le tour de ses références, lors d’un entretien d’embauche. Il fait l’intelligent, le cultivé, l’esthète. Il y a du Godard, de l'Orson Wells, et ça réfléchit sec entre deux portraits de Burt Lacaster. Le flagorneur est assez malin pour dresser de lui un portrait peu flatteur. Et ça marche ! Les critiques de BD, mais aussi de cinéma, portent ce pensum aux nues. Blutch dit en finir ? C’est pour mieux commencer. Gageons que dans quelques mois, un an, deux peut-être, Blutch, qui a déjà effectué quelques missions d’Intérim, signera un CDI dans l’industrie du cinéma. Un film hommage sur la bande dessinée, peut-être ? L'adaptation de Sylvain et Sylvette ? 

 

Frère Jacques

 

http://www.dargaud.com

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 13:21

51lsQxaQAVL._SS400_.jpgHa, que votre retour m'emplis de joie, Très Révérend Père ! En votre absence, figurez-vous que j'ai encore une fois subi maints quolibets et nombreuses vexations de la part de Frère Jacques et de Sœur Sourire qui, je vous l'assure, s'étaient mis en tête de prendre le pouvoir !

Ils ont moqué ma chronique de l'oeuvre d'Etienne Davodeau, une chronique objective, modérée et dans la lignée des préceptes moraux ici enseignés par vous notre guide, notre berger, vous qui êtes si bon et si plein de sagesse.

 

Ils m'ont interdit de la publier et en ont fait une très méchante parodie, sans scrupules, pleine des bassesses et de sous-entendus graveleux, sous-entendus émanant comme toujours de Soeur Sourire, qui a utilisé des mots parfaitement crus et inappropriés, comme «jouir du fion avec un goulot de Merlot» ou encore «enculade avinée entre camarades du crayon», «taille-moi ma petite pointe bic avec ta serpette», "remplis-moi la case de ton sarment noueux", " fais-moi péter le phylactère avec ton Jéroboam millésimé" et pour finir, attendez, je finis, elle titrait cet épouvantable épanchement «MDI,mutuel dépucelage inverti» (l'objet du délit est sous la paillasse de Sœur Sourire qui, je vous le rappelle, n'a encore pas été sanctionnée d'aucune façon quand à sa conduite honteuse, mais que cela reste entre nous, je veux dire, pour la parodie, ça n'est pas moi qui vous ai mis au courant hein).

Avouez que c'est vignoble ! heu..ignoble.

Quand à Frère des ours qui avait été de par son age respectable, chargé des affaires du cloitre durant votre voyage, et ben il ne faisait rien qu'a rigoler !

Enfin, maintenant que vous êtes là, Très Révérend Père, tout va rentrer dans l'ordre et je vais enfin pouvoir m'exprimer librement et publier ma chronique à la grâce de monsieur Davodeau, qui rend à notre bon patrimoine national ses lettres de noblesse. Nous pourrions l'inviter en notre monastère afin qu'il découvre les secrets de fabrique du Chaussée aux moines. Mais je m'emporte à la rêverie, et la rêverie mène à la perversion de l'âme.

 

51WpH5lev2L._SS400_.jpgAux ignorants les mains pleines

 

Etienne Davodeau, que nous connaissons tous pour son sens fin de la chronique sociale, proche de ses personnages comme on le serait d'un bon ami, donne à ses lecteurs une preuve irréfutable de son immense talent, duquel ne transpire qu'une chose: l'humanité. Je veux dire par là, l'humanité positive, la belle humanité, celle des rêves, des utopies et de l'amour du prochain.

Le principe est simple: deux hommes, voisins, ne connaissant rien de leur profession et de leurs univers respectifs, l'un, Etienne Davodeau est Auteur de BD, l'autre, Richard Leroy est vigneron, décident de passer du temps à se découvrir à travers leur propre passion. Ces deux "Ignorants", nous apprennent que nous sommes tous l'ignorant de l'autre, mais que ces deux êtres que tout sépare ne sont pas si éloignés l'un de l'autre.

Nous suivons toutes les étapes de la création d'un livre d'un côté, le travail des vignes de l'autre, les salons de BD, les dégustations et autres joyeusetés, et toujours dans la bonne humeur.Est-ce là le talent de Davodeau? Cette constante bonne humeur, cette gaieté qu'il distille et qui nous laisse le sourire au lèvres une fois l'Oeuvre refermée ?

Il aurait pu, Davodeau, nous faire un de ces portraits vitriolé d'un monde de la BD à bout de souffle, fait de bassesses et de règlements de comptes, d'escroqueries au droit d'auteur et de mesquineries de cour de récréation, il aurait pu nous montrer la campagne et l'esprit paysan, tenace et retors, fait de bagarres à coup de rognage de chemins vicinaux, de vol nocturne de récoltes, de coups de fusils dans les cuves et de menaces avinée à la hache.

Non.

 

Davodeau nous donne du rêve.

 

Un livre gai.

 

Il nous donne un souffle de beauté. D'espoir. Celui d'un homme meilleur.

 

 

Frère Lumière

 

http://www.amazon.fr

http://www.etiennedavodeau.com

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Published by meaculpa - dans Litanie des Saints
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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 09:28

couv 9782849531273 grandeLe Très Révérend Père aurait tout aussi bien pu me donner un châtiment corporel — à n’en pas douter, sœur Sourire y aura droit — plutôt que ce calvaire, cette onzième plaie d’Egypte, cet implaidable dossier de cour d’assises, que dis-je, ce procès en sorcellerie qu’est le cas  Mimi Stinguette. Mais puisqu’il faut obéir, alors obéissons.

 

Hum Hum... Messieurs les jurés.

L’on a vu récemment des hordes de charognards et toutes sortes d’insectes nécrophages  s’acharner sur la dépouille mort-née de Mimi Stinguette. A peine sortie de la soupe primitive qu’est le web, cet utérus artificiel rempli de milliers de blogs-foetus souffrant la plupart des pires malformations congénitales, à peine entrée dans le vrai monde, celui de la publication, Mimi Stinguette fait l’objet de toutes les attaques, de toutes les lâchetés. S’acharne-t-on sur un nourrisson vagissant, sur un petit être tout neuf et plein d’allant ? Est-ce donc cela que nous enseigne notre bon Seigneur ? Les animaux s’entredévorent-ils lorsque rien ne les menace ?

Mimi Stinguette progresse donc dans l’existence avec, dans son sillage, une horde aboyante de garants de la morale bédéiste, une clique de gardiens du temple phylactère, un ramassis d’exégètes de la case tirée au cordeau, de grammairiens de l’encre de chine et de la mine de plomb, de petits professeurs de dessin frustrés de n’être pas eux-mêmes arrivés à percer leur poche des eaux, à pointer le bout de leur œuvre entre les cuisses d’une maison d’édition.

 

Touchée par un état de grâce, Mimi Stinguette subit son martyr sans jamais quitter son sourire de vierge pure : l’atrocité du quotidien, ce lent désastre sans salut, elle le sublime et le sanctifie par son sourire mystique souligné par l’immensité humide d’un regard compatissant. Asphyxiée dans une robe tube Gucci, démantibulée par le poids d’un sac Prada, écorchée vive un jour de solde, ignoblement mutilée par les talons aiguille de ses Louboutin, elle garde bon moral et fière allure, elle avance vers ses bourreaux la tête haute et le visage illuminé de divins rayons.

A côté de son supplice, Sainte Jeanne d’Arc n’est qu’un rôti du dimanche. Sainte Blandine, une pâtée pour chats. Sainte Catherine, un tourniquet de bac à sable. En toutes circonstances, Mimi Stinguette sourit. Rien, absolument rien, ne semble l’atteindre. Et c’est là l’origine de toutes les méchancetés. Ceux qui ne souffrent pas, ceux qui, par la puissance de leur esprit et de leur foi, ont trompé les lois de l’existence en s’immunisant contre le désespoir, ceux-là nous sont insupportables. Ceux-là doivent être exécutés.

 

C’est donc avec acharnement que la société des cyniques fait résonner dans les longs couloirs humides de son impuissance, ses lugubres ricanements de hyène en crachant son venin frelaté  et ses vains éjaculats au visage de l’Espérance, cette belle vertu théologale.

Les académiciens du neuvième art reprochent à Mimi Stinguette l’amateurisme de son trait. Mais lorsque la forme est en parfaite adéquation avec le fond, n’est-ce pas là l’alchimie secrète des plus grandes œuvres d’art ? 

 

Frère Jacques

 

http://www.amazon.fr/Mimi-Stinguette-naturel-Voire-très/dp/2849531278

http://www.la-boite-a-bulles.com/

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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:48

Le Très Révérend Père Abbé, revenant d'un court voyage, découvre les frasques commises par quelques membres de la congrégation, livrés à eux-mêmes. Frère Jacques ayant particulièrement dépassé les limites imposées par son ordre, il lui signifie expressément de venir faire publiquement....son mea culpa.

 

                                                       images (1)

 

Frère Jacques, allongé face contre terre, les bras en croix:

C'est vrai que j'y suis allé un peu fort sur Mathieu Sapin durant votre absence, Très Révérend Père, je le reconnais, et le regrette, mais d'abord, je ne suis pas le seul ! Ai-je été plus dur que le frère Anonyme à propos de ce livre sur la cuisine ? Et je n'ai pas été, comme Sœur Sourire, jusqu'à apporter dans nos murs d'ignobles sous entendus à propos du péché originel ! Et puis j'ai une excuse. C'est que voilà, moi, moi, moi, moi, je voulais du Supermurgeman, du Mégaron, du Journal de la jungle ...... parce que Mathieu Sapin d'habitude, j'aime bien, voilà !!!

Je pensais rigoler un coup le temps d'une lecture, m'échapper un moment de la pesante heu..........ronronnante vie du cloitre et puis alors.....ben.....j'étais un peu déçu...et...péchant par orgueil, je me suis laissé....oui, c'est cela, emporter par le style, par la verve, ne pensant pas forcemment...à mal. Je...j'étais comme possédé, c'est exactement cela mon Très Révérend Père !

C'est pénétré de repentir, fondu de contrition que que j'implore le pardon de mes péchés envers Mathieu Sapin: MEA CULPA, MEA CULPA, MEA CULPA

Mais Très Révérend Père, ajustez votre juste sentence, éclairé de ma personnelle conclusion quand à mes actes, dont je me repends sincèrement: qui aime bien châtie bien....

 

Le Très Révérend Père, armé de la douceur et de la patience nécessaire à ramener sur les chemins vertueux ses brebis égarées:

Qui aime bien châtie bien ? Ainsi soit-il Frère Jacques. Vous me lirez 30 fois le livre «Mimistinguette, au naturel», de Myriam Rak, et m'en ferez par la suite louanges et dithyrambes.

                                                        couv_9782849531273_grande.jpg

Frère Jacques, pâle comme un suaire:

Mon Très Révérend Père, la punition égale-t-elle la faute ?

 

Le TRP, emprunt de compassion:

Peut-être préférez-vous remplacer «Mimistinguette» par une des œuvres de Margaux Mottin ?

 

Frère Jacques, épouvanté:

Je....je prends Mimistinguette.

 

http://mimistinguette.canalblog.com/

http://www.la-boite-a-bulles.com/fiche_album.php?id_album=120

http://margauxmotin.typepad.fr/


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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 09:17

Image-1-copie-2.pngAvec Journal d’un journal, Mathieu Sapin joue les petits reporters en infiltrant les coulisses de la rédaction de Libé. L’on se dit : chouette ! Des révélations, des infos croustillantes, du ragot, des dessous peu reluisants, de la bonne vieille méthode de journaliste pour débusquer le scoop, de la chasse aux ronds-de-cuir affidés au grand capital et tout ce qui bout dans les chaudrons des arrière-cuisines médiatiques.

 

Résultat ? Mathieu Sapin se contente de poser, au fil des pages, des questions tellement stupides qu’on se demande s’il ne prend pas les journalistes pour des imbéciles : qu’est-ce que c’est ? Où sont les cabinets ? Je peux utiliser la photocopieuse ? Moi aussi, je vais avoir une accréditation ? Vous êtes sûr ? Quoi ? Comment ? Mais où et donc or ni car ? Voilà, en substance, le contenu des interventions de ce petit bonhomme fade et passe-partout censé incarner l’auteur, ce garçon si gentil qu’il en devient suspect, si affable qu’on se demande à quel moment il va se transformer en psychopathe. Car Mathieu Sapin, s’il transpire un peu lors des conf’ de rédac’, s’il sue aigre lorsqu’il croise quelques aspirants à la présidence de la République dans les couloirs à moquette du paquebot à moiti coulé qu’est Libé, Mathsap’ ne se mouille jamais vraiment. Pire : il ne prend aucun parti, ne choisissant ni d’ouvrir la brèche de la coque, ni de la colmater. Il ne fait qu’observer de ses yeux morts de caméra de surveillance le lent naufrage d’un galion de l’empire du Papier.

 

Image-3.pngL’ouvrage n’est pas sans rappeler ces stages de découverte de l’entreprise imposés à l’âge où l’on ne se préoccupe que de ses comédons et de son forfait SMS bloqué, cet âge où l’on ne communique que par des borborygmes ou des couinements, forts bien reproduits par d’ignobles smileys, cette grammaire pour handicapés mentaux, cette syntaxe des affects débridés. De sorte que l’on se croit dans un blog BD de fille version garçon, où le sujet semble plus sérieux qu’à l’accoutumée, mais où le vide sidéral tient lieu de principal propos.

Notre petit Mathieu ne nous rend donc pas une œuvre, mais bien un rapport de stage rédigé avec application par le premier de la classe, l’Agnan de la BD contemporaine, celui qui, lorsque les autres rentrent la tête dans les épaules pour ne point être interrogés, lève le doigt à s’en déboîter la clavicule en se dressant sur son siège, comme si son index allait jeter un rayon lumineux comme le ferait le vilain doigt de ce batracien d’ET.

Constellé de petites indications fléchées, de légendes rappelant une date clé de l’histoire de Libé, d’astérisques précisant des noms glorieux, citant des ouvrages à acheter d’urgence, le journal du petit Mathieu en culotte de velours s’apparente à une visite guidée organisée lors des journées européennes du Patrimoine, un laborieux tour du propriétaire dans des bâtiments fort laids, peuplés de journalistes lambda aux préoccupations basiques, tant et si bien que l’objet qui prend pompeusement le nom de « Journal d’un journal » aurait tout aussi bien pu s’appeler , « Rédaction d’une rédaction », « Quotidien d’un quotidien ».

 

Confions nos intentions de prière de ce jour à Mathieu Sapin, afin qu’il ne s’enferme point dans ces audioguides touristiques pour malentendants dans lesquels il s’est déjà par deux fois fourvoyé et à s’interroger sur les raisons psychanalytiques qui le poussent à toujours se présenter comme un garçonnet hydrocéphale, un gentil nabot gonflé à l’hélium, un poupon naïf de bientôt 40 ans au fond duquel, sans doute, se tapit quelque monstre hideux tenu en muselière — mais pour combien de temps encore — par une maîtresse d’école en chignon à épingles, une vieille fille en bas de contention, j’ai dit : la Politesse.

 

Mais... horreur ! Hideux atavisme qu'est l'instinct de reproduction ! A l'heure où Mea Culpa clôt sa recension, nous apprenons que Mathieu Sapin, dont le jugement est sans doute assombri par quelque mauvais conseiller, persévère dans l'erreur, le péché ou la bêtise — voire les trois — en lançant son "journal de campagne" (pauvre Georges Bernanos...), où il incarnera ce même petit reporter mal fagoté posant des questions de grande section de maternelle aux aspirants présidentiables déjà rencontrés dans les couloirs de Libé. Vivement l'Apocalypse, ça nous fera des vacances.

 

Frère Jacques

 

www.editions-delcourt.fr/special/journaldunjournal/

www.amazon.fr/Journal-dun-journal-Sapin/dp/2756027367

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