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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 09:17

Image-1-copie-2.pngAvec Journal d’un journal, Mathieu Sapin joue les petits reporters en infiltrant les coulisses de la rédaction de Libé. L’on se dit : chouette ! Des révélations, des infos croustillantes, du ragot, des dessous peu reluisants, de la bonne vieille méthode de journaliste pour débusquer le scoop, de la chasse aux ronds-de-cuir affidés au grand capital et tout ce qui bout dans les chaudrons des arrière-cuisines médiatiques.

 

Résultat ? Mathieu Sapin se contente de poser, au fil des pages, des questions tellement stupides qu’on se demande s’il ne prend pas les journalistes pour des imbéciles : qu’est-ce que c’est ? Où sont les cabinets ? Je peux utiliser la photocopieuse ? Moi aussi, je vais avoir une accréditation ? Vous êtes sûr ? Quoi ? Comment ? Mais où et donc or ni car ? Voilà, en substance, le contenu des interventions de ce petit bonhomme fade et passe-partout censé incarner l’auteur, ce garçon si gentil qu’il en devient suspect, si affable qu’on se demande à quel moment il va se transformer en psychopathe. Car Mathieu Sapin, s’il transpire un peu lors des conf’ de rédac’, s’il sue aigre lorsqu’il croise quelques aspirants à la présidence de la République dans les couloirs à moquette du paquebot à moiti coulé qu’est Libé, Mathsap’ ne se mouille jamais vraiment. Pire : il ne prend aucun parti, ne choisissant ni d’ouvrir la brèche de la coque, ni de la colmater. Il ne fait qu’observer de ses yeux morts de caméra de surveillance le lent naufrage d’un galion de l’empire du Papier.

 

Image-3.pngL’ouvrage n’est pas sans rappeler ces stages de découverte de l’entreprise imposés à l’âge où l’on ne se préoccupe que de ses comédons et de son forfait SMS bloqué, cet âge où l’on ne communique que par des borborygmes ou des couinements, forts bien reproduits par d’ignobles smileys, cette grammaire pour handicapés mentaux, cette syntaxe des affects débridés. De sorte que l’on se croit dans un blog BD de fille version garçon, où le sujet semble plus sérieux qu’à l’accoutumée, mais où le vide sidéral tient lieu de principal propos.

Notre petit Mathieu ne nous rend donc pas une œuvre, mais bien un rapport de stage rédigé avec application par le premier de la classe, l’Agnan de la BD contemporaine, celui qui, lorsque les autres rentrent la tête dans les épaules pour ne point être interrogés, lève le doigt à s’en déboîter la clavicule en se dressant sur son siège, comme si son index allait jeter un rayon lumineux comme le ferait le vilain doigt de ce batracien d’ET.

Constellé de petites indications fléchées, de légendes rappelant une date clé de l’histoire de Libé, d’astérisques précisant des noms glorieux, citant des ouvrages à acheter d’urgence, le journal du petit Mathieu en culotte de velours s’apparente à une visite guidée organisée lors des journées européennes du Patrimoine, un laborieux tour du propriétaire dans des bâtiments fort laids, peuplés de journalistes lambda aux préoccupations basiques, tant et si bien que l’objet qui prend pompeusement le nom de « Journal d’un journal » aurait tout aussi bien pu s’appeler , « Rédaction d’une rédaction », « Quotidien d’un quotidien ».

 

Confions nos intentions de prière de ce jour à Mathieu Sapin, afin qu’il ne s’enferme point dans ces audioguides touristiques pour malentendants dans lesquels il s’est déjà par deux fois fourvoyé et à s’interroger sur les raisons psychanalytiques qui le poussent à toujours se présenter comme un garçonnet hydrocéphale, un gentil nabot gonflé à l’hélium, un poupon naïf de bientôt 40 ans au fond duquel, sans doute, se tapit quelque monstre hideux tenu en muselière — mais pour combien de temps encore — par une maîtresse d’école en chignon à épingles, une vieille fille en bas de contention, j’ai dit : la Politesse.

 

Mais... horreur ! Hideux atavisme qu'est l'instinct de reproduction ! A l'heure où Mea Culpa clôt sa recension, nous apprenons que Mathieu Sapin, dont le jugement est sans doute assombri par quelque mauvais conseiller, persévère dans l'erreur, le péché ou la bêtise — voire les trois — en lançant son "journal de campagne" (pauvre Georges Bernanos...), où il incarnera ce même petit reporter mal fagoté posant des questions de grande section de maternelle aux aspirants présidentiables déjà rencontrés dans les couloirs de Libé. Vivement l'Apocalypse, ça nous fera des vacances.

 

Frère Jacques

 

www.editions-delcourt.fr/special/journaldunjournal/

www.amazon.fr/Journal-dun-journal-Sapin/dp/2756027367

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commentaires

Fred 12/10/2011 16:29


Bien vu, ce truc n'a aucun intérêt, je soupçonne Trondgeim de vouloir couler Delcourt en publiant de telles inanités.