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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 11:26

Mes bien chers frères.


Photo-virus-H5N1-BIS.jpgNotre congrégation accueille les bédéastes pénitents courbés sous le poids de leur mauvaise conscience. Ils trouvent dans le sacrement de réconciliation, que d’aucuns nomment confesse, une oreille attentive et un réconfort certain, sans avoir à ôter de leurs revenus faméliques quelque 60 euros que demanderait un charlatan de l’âme. Nombreuses sont les brebis égarées dans des voies qui ne mènent ni vraiment en enfer, ni tout à fait au paradis.

Par le serment divin prononcé le jour béni de nos saints voeux, nous ne pouvons donner d’exemple concret, ni citer de nom. Cependant, nous pouvons dire : innombrables sont les auteurs qui avouent, la mort dans l’âme, mettre leur ambition de côté pour subvenir à leurs besoins terrestres en se compromettant dans cette tendance lourde qu’est l’adaptation.


Alien_facehugger.jpgAdaptation. Le mot, ignoble, tout droit sorti du ventre glauque de mère nature, sous-entend qu’une œuvre, comme un amas grouillant de bactéries, ne survivrait qu’en rampant de support en support, de tome en tome, de série en série, de format en format, se répandant dans l’univers comme une peste endémique en quête d’hôtes à coloniser.

De cette stratégie vorace, retenons le pire : pour survivre, une vieille œuvre dépassée se nourrit des auteurs contemporains. Elle capture le temps (et dieu sait qu’il est compté) de ceux qui pourraient se concentrer sur des projets neufs et  des œuvres personnelles. Elle aspire l’énergie vitale des créateurs indigents pour mieux essaimer ses pollens morbides.


Car voilà. L’écrasante masse affamée des auteurs de bande dessinée ne peut, quand l’occasion se présente, refuser un projet d’adaptation, tant crie l’estomac de leurs petits enfants malingres souffrant mille carences, rêvant déjà de faire « comme papa ». Certains s’en défendront en parlant d’hommage concédé à une œuvre admirée, à qui l’on adresserait, par sa reprise, une forme de révérence.

Nous disons : une forme de soumission.

Car qui respecte l’œuvre initiale s’oublie. Qui s’en éloigne... trahit. Saint Pierre n’a-t-il pas renié Jésus par trois fois ? Judas n’a-t-il pas vendu son Seigneur par un baiser, signe d’amour, pour trente deniers ? La faute est grande, le rachat incertain.

 

lejoueur-726x1024Terrible trajectoire que celle des auteurs se fendant d’un ouvrage sur Cyrano de Bergerac, Bilbo le Hobbit, Don Quichotte de la Manche, Voyage au bout de la nuit, le Petit Prince, Don Juan, Madame Bovary ou l’Île au Trésor. Que deviennent-ils ? Des interprètes. Des traducteurs. Des experts de la paraphrase graphique, de la glose crayonnée.

Nous respectons la guilde des translateurs. Depuis la chute de l’orgueilleuse Babel, les langues, partout, pullulent. Personne, jamais ne se comprend et la différence est l’origine de toute guerre.

Combien de fois avons-nous entendu, dans le secret du confessionnal, des propos de cette teneur : « en ce moment, je suis sur une adaptation... c’est pas le rêve, mais bon ».

 

Mais bon.

 

Avoué sur le bout des lèvres comme une trahison commise avant tout envers soi-même, ce « mais bon » révèle l’insondable gouffre qui engloutit les auteurs acculés par la nécessité.

 

adaptation-bd-levangile-selon-matthieu-dufran-L-1.jpegNon moins lourde est la faute des vendeurs de vignettes compromettant à long terme leur fonds de commerce dans des albums de reprise, des copies dégénérées des succès d’hier, de laborieuses variations d’un thème ancien. L’intention — amener un public de jeunes débiles profonds à lire les grands textes littéraires que, dans leur bêtise, aucun ne saurait comprendre du premier coup —, l’intention pédagogique, donc, ne saurait tenir face à un « A quoi ça sert ? J’ai déjà lu la BD ! ».

 

Amen amen, je vous le dis : chers auteurs aimés de Dieu, ne versez pas dans la tentation de l’adaptation, refusez la vie parasite des gales et des chancres, dressez les saintes croix et les eaux bénites devant ce vampire qui vous appelle et vous promet la vie éternelle, car c'est de vous qu'il veut se repaître. Vade retro, nature infâme ! Satan toujours est prolifération ! Prions, prions pour nos frères pêcheurs, pour leur lâcheté ou pour leur trahison.

 

Le père abbé

 

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commentaires

BigBen 04/07/2012 14:49

Il faudrait différencier l'adaptation réalisée spontanément par un auteur de celles mises en place en collection par un éditeur (comme Delcourt) avec intention pédagogique (et surtout économique,
par le public ciblé de profs et d'élèves captifs). Autant le premier cas peut être intéressant (mais l'exercice est très périlleux) et justifié, autant le deuxième est une abomination et une
hérésie pédagogique comme vous le remarquez bien...

mixmixmix 03/07/2012 09:32

non pas d'accord avec arno et totoche. certains auteurs refusent OBSTINEMENT toute adaptation. le créateur de Calvin et Hobbes, Bill Watterson, a toujours défendu son oeuvre de tout merchandising
et autre commercialisation de son art et il a RAISON. Un auteur a le devoir de protéger sa création. Fellini lui-même trouvait tout adaptation monstrueuse, il détestait l'idée. Les vrais auteurs
comprendront exactement le sens de ce post auquel j'adhère à 100%.

arno 02/07/2012 19:08

je ne suis pas d'accord. il y a des adaptations très bien en bd. Et en cinéma aussi: Penelope Bagieu par exemple, adapte sa bd Joséphine (super bien) pour le grand écran. C'est plutôt une bonne
chose ! pas de quoi cracher sur tout ce qui passe ! et oui, le commentateur totoche a raison, pk vous vous focaliser sur la bd ? elle vous a rien fait ! (et c'est plutôt sympa, la bd, non ? )

meaculpa 03/07/2012 08:59



"la bd ? elle ne vous a rien fait !" : mais c'est exactement ce que nous lui reprochons. 


 



totoche 02/07/2012 18:19

l'adaptation est une tendance mais c'est peanuts face à l'heroic fantasy ou le manga. et puis le cinéma fait que ça, de pomper dans les romans. On ne lui dit rien, à lui ? c'est toujours la bd qui
prend ?

totoche 02/07/2012 18:18

l'adaptation est une tendance mais c'est peanuts face à l'heroic fantasy ou le manga. et puis le cinéma fait que ça, de pomper dans les romans. On ne lui dit rien, à lui ? c'est toujours la bd qui
prend ?